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Les trois frères Gruau : Paul, Marius et Arsène

En 2001, la femme chargée de s'occuper, entre autres, de l'attribution des plaques de rue à la mairie - Simone R. -, me pose un jour une question personnelle : "Dis donc Jean-Christophe, les trois frères Gruau y seraient-y pas de ta famille, par hasard ?" J'apprends alors que feu Jean Cornevin avait souhaité, avant de mourir, que mon grand-père et ses deux frères fussent réunis ailleurs qu'au cimetière Vaufleury : sur une plaque de rue que les aléas de l'urbanisme municipal situeraient à l'entrée du Bourny, près du rond-point de la Polyclinique du Maine...

 

Sonkad pose son véto !

Jean Cornevin, poursuit Simone, en avait marre qu'il n'y en ait que pour les personnages historiques et les artistes ! Il voulait des chefs d'entreprise, histoire de changer un peu et - qui sait ? - donner des idées aux jeunes générations. Bien sûr, je suis ravi de ce désir mais en veux à l'entreprise Sonkad qui faillit tout faire capoter à la dernière minute. En effet, comme il s'agissait d'une allée privée et que le célèbre constructeur de maisons y avait installé son siège social, il avait droit au chapitre concernant le nom choisi...

Et le nom de Gruau ne lui plaisait point, me confirme Simone. Comme cette nouvelle allée jouxtait le boulevard de l'Atlantique, Sonkad préférait un nom lié à la mer, à la nature, à la Bretagne. Mais la Ville, pour une raison de délais, a opté pour Gruau. Eh oui, Sonkad s'était réveillée trop tard et maintenant, poursuit Simone, les plaques ont été fabriquées, on ne peut plus faire machine arrière ! Pas question de perdre ces dernières ! (Qui a dit que la Ville jetait l'argent par les fenêtres ?)

A l'entrée de Garoland

N'ayant point manoeuvré auprès d'un élu pour que le nom de Gruau fût attribué à une allée de Garoland (Jospinland, à l'époque), je ne fus point gêné d'évoquer ma parentèle dans le Laval Infos n°64, à la fin d'un C'était Laval consacré à ceux qui venaient de donner leur nom à une plaque de rue de notre cité. Des gens très différents, en l'occurrence. Comme l'architecte Van Treeck, Auguste Cheux, Roger Cailleté et... Jean Cornevin lui-même !

Ainsi ai-je indiqué que les trois frères concernés s'appelaient Paul (photo, à droite), Marius (au centre) et Arsène, et qu'ils avaient quitté en charrette leur village natal de Maisoncelles-du-Maine le 19 mars 1922 pour venir s'installer à Laval dans une petite maison du Gué d'Orger sise dans l'impasse de la Craulière (actuel n°10).

Charpentier, charron et menuisier, leur père Arsène Gruau (1874-1965, comme Churchill), avait décidé de tenter sa chance dans le chef-lieu du département. 

Paul le charpentier

Dotés d'une forte capacité de travail et d'un caractère indépendant particulièrement affirmé, les trois fistons débutèrent dans les affaires en reprenant chacun une petite entreprise qu'ils surent développer pendant les Trente Glorieuses de manière suffisamment marquante pour que leur nom devînt, en Mayenne, synonyme de patronat. A la grande époque, la fin des années 60, les frères Gruau employaient plus de mille salariés à Laval et ses environs.  

Président du comité des fêtes du Gué d'Orger pendant trente-six ans, et conseiller municipal de 1956 à 1971, l'aîné, Paul (1905-1985), un passionné d'histoire de France et de politique, "boosta" l'entreprise paternelle de charpentes que dirigea ensuite son fils unique, également prénommé Paul, jusqu'à son décès brutal pendant la nuit du réveillon 1993 (rupture d'anévrisme en dansant le sirtaki, dans sa 55ème année). Au sommet de sa puissance, l'entreprise de charpentes comptabilisa 220 salariés qui ont construit nombre de bâtiments industriels  autour de Laval.

Marius le carrossier

Marius (1906-1994), le plus fougueux des trois, reprit, lui, en 1928, l'entreprise de "charrettes anglaises" de feu son futur beau-père René Le Godais (mort d'une jaunisse en 1925) qu'il transforma, dès 1933, en carrosserie Gruau et à laquelle il adjoignit, dans les années 60 une activité caravanes (dirigée par son fils Michel) ; située près du champ de foire puis rue du Ponceau (1956) puis à Saint-Berthevin (alors gérée par le cousin Le Godais), la carrosserie fut ensuite dirigée par son fils René jusqu'à son décès en 1984 (cancer du foie), date à laquelle le fils aîné de ce dernier, Patrick (né en 1956), en devint à son tour le charismatique patron que l'on connaît.  

D'un tempérament plus réservé que ses frères, le menuisier Arsène (1908-1980) reprit, lui, l'entreprise de son beau-père Chauvin, qui deviendra la Somabois en 1967 avant de disparaître quelques années après la mort d'Arsène avec, à sa tête, le fils unique de ce dernier (et de la tante Jeanne), Daniel.

La descendance à Laval

Avec votre serviteur, les descendants des trois frères Gruau qui travaillent à Laval sont au nombre de six : Jean-Paul, fils de Marius, est le curé de Changé ; Patrick déjà cité continue de carrosser des milliers de véhicules utilitaires tous les ans et Béatrice, sa jeune soeur, épouse Racine, de diriger la boîte Prestige et Communication qu'elle a créée en 1987 ; Franck, petit-fils et fils de Paul(s) dirige les sociétés Version 2 et e-Version 2 et Stéphanie, petite-fille d'Arsène, épouse Rosiau, tient avec son artiste de mari le magasin Art Cadres situé près de la préfecture.

Enfin, saluons le fait que les trois frères ont également chacun leur poubelle... 

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